Édito Daniel et Frédéric Hofmann

Si la réalité restera toujours le grand arbitre de l’aventure humaine, l’accélération du monde en modifie la perception et donne le sentiment d’assister impuissant aux événements qui se succèdent.
On ne pourrait citer meilleur apophtegme que celui de Paul Virilio : « Notre monde est à la fois catastrophique, apocalyptique et merveilleux, il est les deux à la fois. Tout va plus vite, tout est enrichissant et tout est plus dramatique. »
Dans sa critique de la tyrannie de la vitesse, le théoricien de l’architecture prophétisait la terrible influence du virtuel et de l’immédiateté sur nos sociétés et notre rapport à autrui. « Gagner du temps, c’est perdre le monde », dira-t-il.

La crise du Covid-19 et l’actuel conflit russo-ukrainien se sont succédé à une telle vitesse que nous semblons inéluctablement condamnés à en subir les effets paralysants : restrictions des libertés et instauration d’une société du contrôle, hausse du coût de l’énergie et des matières premières, menaces sur notre économie et sur les foyers helvétiques.
Les certitudes de l’Europe de l’Ouest vacillent ; nous avions peu à peu oublié que la promesse de stabilité de l’ère industrielle et du commerce international, dépend elle-même de la disponibilité de l’énergie ; celle-ci se raréfie et il y a là une injonction à s’inscrire dans une réflexion personnelle sur nos habitudes de vie, de consommation et de loisirs.

Pour notre part, responsables d’une entreprise née en 1964, nous n’envisageons à aucun moment de donner le pouvoir aux seules statistiques et aux prospectives.
Oui, la vie économique n’est pas un long fleuve tranquille et nous faisons face d’année en année à des circonstances imprévisibles intervenant sur nos projets, nos prévisions, nos résultats ; mais jamais elles n’atteignent notre volonté de rester maîtres d’une grande partie de notre destin. Tout événement extérieur est une incitation à la réflexion, à l’évolution, voire à l’introspection.

Nous œuvrons au rapprochement des convictions positives pouvant nous aider à agir collectivement sur l’environnement, le bien-être au travail, le sens donné à ce que nous accomplissons, la connaissance. Nous nous appuyons sur les événements extérieurs pour stimuler notre ingéniosité et notre cohésion interne, mais aussi cultiver une relation privilégiée avec nos partenaires et nos clients. La fidélité de ces derniers dépend de notre capacité à résoudre leurs défis techniques ; pour cela, nous refusons la dictature du « vite fait bien fait » et envisageons notre prestation comme un objet destiné à traverser le temps. Notre sablier est subordonné à la substance matérielle et aux heures qu’il faut pour lui donner une forme et une fonction. Et chaque heure passée nous invite à l’observation, à la déduction, à la découverte, et surtout à l’amour du métier.

Daniel et Frédéric Hofmann
Directeurs associés

Nouvelle génération Metallover : abécédaire en cinq lettres

Huit mois après le témoignage de nos collaborateurs historiques, c’est au tour de la nouvelle génération Metallover de répondre à nos questions, sur ce que peuvent représenter tout à la fois, l’artisanat, le métier, les enjeux d’avenir. Fabio, Luca, Alexandre, Rémy, Romain, tous constructeurs métalliques qualifiés, sont arrivés dans le métier par le biais de stages liés à la filière d’apprentissage, ou de l’exemple issu de l’entourage. Nous les avons réunis pour une causerie informelle, où, en cinq mots partagés, ils ont échangé leurs impressions et leur vision.

L comme Liberté
Lorsqu’on les interroge en quoi leur profession et le travail chez Metallover leur correspond, c’est le mot Liberté qui leur vient naturellement aux lèvres, et tout ce qui s’y rattache.
« La construction métallique me donne le la liberté de créer, d’apporter ma touche personnelle, d’aborder des sujets variés, qui me sont utiles également dans ma vie privée. », nous confie Fabio. Pour Luca, c’est la diversité des tâches et des objets, et la liberté de mouvement : « J’aime intervenir de chantier en chantier, collaborer à des projets nouveaux ; c’est la certitude pour moi de me confronter à des défis techniques différents, sur des sites qui présentent chacun leurs particularités. ».

P comme Polyvalence
À la question des acquis dans la profession de constructeur métallique, la polyvalence est unanimement citée : « la construction métallique mène à tout et touche des disciplines variées et interdépendantes, telles que l’électricité, mais aussi le bois et le verre. », confie Alexandre. Rémy, pour sa part, trouve dans son travail un univers répondant à son désir de finitude : « Des prises de cotes à la fabrication, je prends part à un projet complet, concret, qu’avec mes collègues nous faisons naître et à qui nous donnons forme dans une perspective durable, en abordant tous les sujets techniques. ».

F comme famille
« J’ai rejoint une famille. », confie Romain, le dernier venu dans l’équipe. « L’organisation interne de Metallover nous offre un espace de réflexion et une autonomie individuelle si naturels que nous sommes amenés à nous concerter spontanément, à participer avec plaisir à la résolution des difficultés techniques rencontrées par les collègues. Nous enrichissons les projets, ainsi que notre efficacité personnelle, grâce à l’expérience et à l’ingéniosité de tout un atelier. On se sent appartenir à une vraie famille, solidaire. C’est la force de Metallover. ».

A comme avenir
Comment ne pas parler des enjeux d’avenir à ces cinq jeunes professionnels ! Sur la question environnementale : « Metallover travaille depuis très longtemps sur ce thème. Nous héritons de choix faits par nos aînés sur la préférence donnée aux matériaux durables, le recyclage et les méthodes responsables. », précise Rémy, qui aborde également le sujet de la mondialisation et de la concurrence effrénée imposée au marché : « Nous sommes confrontés à une guerre des prix, via la baisse de la qualité chez certains de nos concurrents, notamment étrangers. Chez Metallover, la qualité est sacrée et nous la défendons. Il est fréquent que nous soyons appelés à la rescousse par des clients ayant cédé à la tentation du moins-disant et qui se retrouvent ensuite bloqués par des malfaçons et des promesses non tenues. Nous résolvons les problèmes et les encourageons à payer le prix juste, pour une prestation irréprochable et durable. ».

T comme transmission
La notion de transmission est cruciale dans les métiers artisanaux. À l’unisson, nos cinq constructeurs métalliques nous répondent : « Nous conseillons aux jeunes de suivre une solide formation, quelle que soit la discipline choisie. La maîtrise des acquis et la capacité d’évolution sont des qualités à posséder, mais aussi le courage et la patience ! ».

Une nouvelle vie pour les poignées genevoises, signé Metallover

Avec ses arcades commerciales caractéristiques, dont beaucoup ont plus de cent ans, Genève possède un remarquable patrimoine architectural. Le programme d’assainissement énergétique des embrasures en façade de la Ville destine un grand nombre d’entre-elles à une restauration dans les règles de l’art, dont Metallover s’est fait le spécialiste. Certaines questions se posent lorsqu’il est nécessaire de remplacer la porte de la devanture : comment adapter les poignées genevoises traditionnelles aux nouveaux boitiers de serrure ? Faut-il remplacer ces petites merveilles par de nouveaux ensembles ou les préserver moyennant une nécessaire adaptation technique et ergonomique ? Nous avons fait notre choix.

Léonard DuPasquier, ferronnier membre du Groupe d’Artisans du Métal, et Siddartha Berns, Assistant HES académique à la HEIG-VD, ce sont joint à nous pour solutionner l’inadéquation de ces poignées genevoises typiques avec, non seulement les boîtiers modernes, mais aussi les usages ergonomiques actuels. Les modèles de la fin du XIXe siècle et du début du XXe étaient en effet d’une étonnante finesse (pour ne pas gêner la fermeture des volets repliables) avec une surface de prise en main inférieure de 3 cm en longueur, à celle d’aujourd’hui.

Mais, par quel bout prendre ces poignées ?
Considérant l’ensemble des éléments du bâti, de la façade aux embrasures, en passant par les structures métalliques des arcades, tout dans cette architecture genevoise traditionnelle, possède une cohérence. Ces merveilleuses serrures et leurs poignées typiques participent de cet équilibre et d’une certaine manière, signent le bâtiment.
Nous nous sommes donc lancés dans le projet d’en reproduire les poignées à l’identique, mais dans un nouveau rapport longueur/épaisseur. Après avoir scanné un modèle , Siddartha l’a « augmenté » par homothétie dans un premier temps, pour l’harmoniser ensuite dans son épaisseur. Nous avons été immédiatement séduits par le premier prototype imprimé en 3D. La solution est là, rendue possible par une technologie de pointe au service de la tradition !

De l’impression 3D au prototype en bronze
Nous devions vérifier le poids et la prise en main de la poignée dans son nouveau format. Leonard nous a délivré un splendide prototype en bronze, destiné lui-même à être retouché pour réaliser le moule final. Nous avons ajouté à cela un travail de finition utile à redonner du contraste aux surfaces et détails usés.

Le travail sur les proportions, la solution
Face à la qualité du travail réalisé par nos aînés artisans, nous souhaitions préserver cette serrurerie proche de la perfection et son esthétique intemporelle. Maintenir vivant ce témoignage visuel et tactile encore présent dans les rues de la cité de Calvin.
Le résultat de nos prototypes répond à nos souhaits : des poignées genevoises en harmonie avec l’architecture immuable de leur temps, dans un format adapté aux exigences techniques et ergonomiques du XXIe siècle. Dès que nous aurons affiné les détails du dessin, mais aussi de prise en main, nous engagerons une production en laiton. Dans leurs nouvelles menuiseries métalliques, dont nous avons pu respecter la finesse grâce à nos profils MHB©, ces nouveaux ensembles de serrurerie apporteront une finition extraordinaire, tant fonctionnelle qu’esthétique.

Suite dans un prochain article !

 

Poignée genevoise originale

 

Poignée genevoise originale

 

Vitrine Luthier, Rue du Général-Dufour

La fidélité au pouvoir

À quatre, ils totalisent 90 ans d’activité au sein de Metallover : Ahmed, Stéphane, Florence et Stéphane comptent parmi nos plus fidèles collaborateurs. Ils apportent à notre entreprise et à nos clients la richesse de leur expérience, leur sens du service et leur grande compétence. Interview croisée de ces professionnels témoins de l’évolution de notre métier.

Qu’est-ce qui vous a amené à faire ce métier ?
Ahmed.
(61 ans, 30 ans d’ancienneté). J’ai toujours eu une préférence pour les activités manuelles. Après avoir fait un stage dans la maçonnerie, j’ai découvert la serrurerie, qui correspondait à ce que je voulais faire. Je n’ai plus quitté ce métier.
Stéphane D. (54 ans, 25 ans d’ancienneté). J’ai fait une école d’ingénieur, à Genève. Ce cursus était trop théorique à mon goût. Mon père m’a suggéré de rejoindre l’École des Arts et Métiers. J’ai suivi son conseil et me suis engagé dans un CFC, que j’ai ensuite prolongé par une formation de technicien.
Florence. (20 ans d’ancienneté). J’ai fait l’école de Commerce. Après huit ans passés dans une précédente entreprise, j’ai fait une pause de 15 ans pour m’occuper de ma famille. J’ai ensuite souhaité reprendre une activité à mi-temps. Une amie m’a alors parlé d’un poste à pourvoir chez Metallover, et j’ai postulé.
Stéphane B. (46 ans, 15 ans d’ancienneté). J’ai toujours aimé travailler de mes mains. Mon grand-père était menuisier-ébéniste et m’a transmis la passion de l’artisanat. Je m’intéressais beaucoup au travail du métal, en particulier à la soudure et je me suis logiquement orienté vers la serrurerie.

Qu’est-ce que vous avez trouvé chez Metallover pour y faire une (grande) partie de votre carrière ?
Stéphane B.
J’ai travaillé dans plusieurs entreprises différentes, où j’ai pu me former à un certain nombre de disciplines, serrurerie, charpente, façades, garde-corps. Chez Metallover, j’ai découvert une approche noble du métier, en particulier dans le design, la fabrication de meubles, l’art de la patine. Cette créativité, respectueuse de la tradition artisanale est ce que je recherche avant tout.
Ahmed. J’étais à la recherche d’un emploi. Lors de mon premier contact avec Metallover, Monsieur Julian Hofmann – père de Daniel et Frédéric – qui était à l’époque à la tête de l’entreprise, m’a proposé de faire un essai. Le climat de travail m’a immédiatement plu, et comme cela n’a pas changé au fil du temps, je suis toujours là.
Florence. La collégialité, ainsi que la variété des tâches font que l’on se sent bien ici.
Stéphane D. Ayant connu Daniel dans ma fonction de technicien, nous avons évoqué mon recrutement chez Metallover. J’ai débuté à l’atelier, pour ensuite rejoindre le bureau d’étude. L’ambiance est très agréable chez Metallover et nous réalisons un travail de grande qualité.

Que pensez-vous apporter à Metallover ?
Stéphane B.
Avoir beaucoup voyagé, mais aussi forgé mon expérience dans différentes structures, notamment en France, m’a ouvert un large champ de connaissances. Ma pluridisciplinarité et ma polyvalence sont des atouts.
Florence. Ma bonne humeur !
Stéphane D. Je fais preuve d’une certaine rigueur dans le dessin. J’apprécie également l’échange avec mes collègues et je fais tout mon possible pour fluidifier la relation entre le bureau et l’atelier.
Ahmed. Mon calme, ma rigueur, mais aussi une connaissance étendue du métier.

De manière générale, que pourrait-on améliorer dans le rapport entre les entreprises et leurs salariés ?
Ahmed.
Les travailleurs de l’atelier ne sont pas suffisamment valorisés, surtout en Suisse romande, où le statut d’ouvrier spécialisé n’est pas considéré. Si je pouvais changer quelque chose, je ferais en sorte que notre fonction soit mieux reconnue.
Stéphane D. Peut-être ouvrir les possibilités d’expérience et d’évolution, afin que, de l’atelier au management, chacun puisse s’évaluer et progresser.
Stéphane B. Optimiser les possibilités d’évolution.
Florence. Donner les moyens d’évoluer dans le cadre de son entreprise.

Dans votre métier, quel rapport entretenez-vous avec la dimension environnementale ?
Ahmed.
C’est pour moi une préoccupation de longue date. Je suis très « branché nature ». J’essaie de recourir le plus possible aux produits écologiques et je m’intéresse à tout ce qui pourrait nous permettre de réduire nos déchets. Au-delà de mon métier, je m’efforce de limiter mon empreinte carbone en roulant à vélo.
Stéphane D. Nous restons dépendants de la nature des travaux et notre profession a des progrès à accomplir vers l’alternative écoresponsable.
Stéphane B. On constate des changements positifs à tous les niveaux de la société. Nous évoluons nous aussi vers de nouvelles techniques moins polluantes. Pour ma part, à titre privé, je me déplace en trottinette ou avec les transports publics.

Comment décririez-vous Metallover à un éventuel futur client ?
Florence.
C’est une entreprise dotée d’une grande ouverture d’esprit, qui réalise un travail soigné. Frédéric et Daniel forment un duo parfait pour apporter des solutions créatives, sur tout type de projets.
Ahmed. Il est très rare qu’un client soit mécontent. Mais, si cela devait arriver, nous ferions ce qu’il faut pour qu’il soit entièrement satisfait.
Stéphane D. Nous accompagnons bien nos clients ; nous sommes là pour eux et nous les épaulons du début à la fin du projet.
Stéphane B. Tout est possible chez Metallover : nous allons au bout des choses pour trouver les solutions techniques répondant à des projets créatifs ou pour obtenir les rendus esthétiques souhaités.

Si vous étiez responsable de la réfection de la cathédrale Notre-Dame, la referiez-vous à l’identique ou privilégierez-vous une restauration créative ?
Stéphane D.
Je la laisserais en l’état.
Ahmed. Je modifierais la toiture pour la rendre plus lumineuse, pourquoi pas dans l’usage du verre.

Que diriez-vous aux jeunes qui s’intéressent à la serrurerie et à l’ébénisterie métallique ?
Ahmed. C’est un métier riche, avec une palette de possibilités extraordinaire. C’est aussi un excellent tremplin pour acquérir de la polyvalence.
Stéphane B. Un serrurier sait tout faire ; c’est une énorme valeur ajoutée à titre professionnel comme à titre privé. Avec le temps, on touche à toutes les disciplines et c’est une grande source de satisfaction.
Stéphane D. C’est un métier que l’on peut pratiquer partout, aux quatre coins du monde.
Florence. C’est un métier d’avenir, car on aura toujours besoin d’ouvriers spécialisés pour la réalisation.

Quel est votre regard sur le management particulier de Metallover, qui s’inscrit dans une logique d’engagement personnel ?
Stéphane D.
La vision de Metallover a facilité mon parcours de développement personnel, ce qui est assez rare dans notre secteur, me semble-t-il.
Stéphane B. C’est une vision très positive, qui reste néanmoins complexe à mettre en œuvre.
Ahmed. C’est un cheminement intéressant. Daniel et Frédéric restent les patrons, mais leur vision facilite la cohésion interne et une bonne logique de travail.
Florence. Daniel et Frédéric m’ont donné la liberté de m’organiser, et je me suis épanouie dans ce cadre.

Frédéric Hofmann est aussi artiste. Cela apporte-t-il une valeur ajoutée à l’entreprise ?
Ahmed.
C’est enrichissant pour nous-mêmes, mais également pour Metallover et nos clients. Frédéric nous propose des projets extraordinaires, qui nous stimulent dans la recherche de solutions techniques.

Metallover et A-Architectes cosignent un lustre spectaculaire pour l’État de Genève

François Joss, architecte associé du bureau A-Architectes et Frédéric Hofmann, directeur associé de Metallover signent à deux mains un lustre sculptural en cotte de mailles, destiné à orner la cage d’escalier principale d’un bâtiment administratif en cours de rénovation au cœur de la Vieille-Ville. Frédéric répond à nos questions sur cette expérience enrichissante faisant interagir la compréhension patrimoniale, le design, la technique, la fonction.

Metallover. Comment ce projet a-t-il pris forme ?
F.H. Dans le cadre d’un mandat de transformation et de rénovation au 6, rue de l’Hôtel-de-Ville, l’architecte François Joss nous a interrogés sur la conception d’un luminaire à placer dans une cage d’escalier/puits de lumière de près de quinze mètres de haut. Dans l’idée des colonnes descendantes en fonte équipant cet immeuble ancien, mais aussi de la colonne sans fin de Brancusi, nous nous sommes assez rapidement concertés sur un lustre tout en hauteur, traversant verticalement l’espace, du plafond jusqu’au sol. Puis, l’éventualité d’une gaine en cotte de mailles est apparue. Notre atelier avait précédemment réalisé une maquette de lampe habillée d’un treillis métallique, qui a immédiatement retenu l’attention de François. Ses croquis ont ensuite donné vie à un objet scintillant, vivant, féérique.  La confiance et l’ouverture d’esprit de Nathalie Mermod, responsable du projet pour le maître d’ouvrage, ont permis de dépasser les limites conventionnelles.

Comment avez-vous développé ce postulat, techniquement ?
La cotte de mailles est une invention militaire extraordinaire qui nous vient des Celtes, et peut-être même plus tôt encore, des Étrusques. Sa souplesse permet une application sur tout type de forme, le plus souvent cylindrique, par facilité. Poussant l’analogie avec les colonnes de fonte de l’immeuble, nous avons maquetté un bâti de section carrée, que la cotte de mailles a très élégamment habillé. La structure étant conçue, il nous restait à mettre au point l’éclairage.

Étudier l’éclairage, mais également les aspects techniques liés à l’installation et à l’entretien ?
En effet. Nous avons pris en compte les caractéristiques dynamiques du projet telles que le poids, la suspension, la déformation, la résistance. Mais c’est paradoxalement la réflexion sur le changement des ampoules qui a conditionné la mécanique d’ensemble. La gaine en cotte de mailles doit pouvoir être « affalée », pour donner accès à la partie électrique. Nous avons résolu la question en imaginant un système de poulie actionnable depuis le grenier.
Pour ce qui est de la répartition de l’éclairage, nous avons fait plusieurs tentatives insatisfaisantes, avant de trouver une astuce qui allait permettre un effet de scintillement magnifique : c’est en torsadant deux bandes LED que la magie opère et crée l’unité lumineuse du haut en bas de la suspension.

Quelles impressions tirez-vous de cette nouvelle expérience ?
L’objet, c’est la finalité, bien sûr. Mais, ce qui a rendu ce projet passionnant, c’est le pouvoir jubilatoire exercé par l’interaction du design, de la technique et de la sensibilité patrimoniale nécessaire à l’embellissement contemporain d’un immeuble classé. Au-delà de la créativité et de la maîtrise spatiale de François Joss, de la compétence des équipes Metallover et de mon apport en direction artistique, ce que je retiendrai, c’est l’immense privilège d’avoir pu enchanter un espace public.

COVID-19 : avis de tempête dans un océan immuable

L’univers semble en équilibre alors que l’entropie, son prodigieux désordre, le conduit à une inexorable extension. Notre monde terrestre répond aux mêmes lois, formant une demeure stable où l’aventure humaine mène d’incessants combats au prétexte d’un « meilleur » imaginé dans la symétrie des forces.
Avec la crise sanitaire, d’aucuns nous annoncent une ère nouvelle et un cortège de bouleversements structurels et sociaux. Mais, l’absence de stupeur ne démontre-t-elle pas à elle seule la lucidité des sociétés sur les conséquences de leur développement ? Nous nous savons pertinemment menacés par les effets de nos progrès, les événements nous rappelant brutalement qu’il faut en soigner l’hérédité, plutôt que les symptômes.

L’entreprise est une idée vivante dont la pérennité dépend aussi de l’idéal
Une humanité tout entière se voit donc contrainte de modifier ses usages. À la question de ce qui pourra restreindre la crise à l’état de phénomène et non de paradigme, nous répondons : les valeurs et le sens donnés à ce que l’on accomplit.
Chez Metallover, le travail mené depuis des années sur les notions d’affinité et d’engagement artisanal porte ses fruits. Les mesures barrière ne sont finalement que des intervenants nécessaires au maintien d’un équilibre social et organisationnel préexistant.
Bien sûr, la protection de la santé physique ne se discute pas ; nous lui ajoutons celle du bien-être psychique, face à une actualité quelque peu anxiogène, que nous prions de rester au vestiaire.
Préparée, et consciente des turbulences extérieures, notre entreprise continue à être un espace d’accomplissement, déterminé à atteindre des objectifs fixés collégialement, à chaque niveau de responsabilité.

Le marché est-il juge ?
Pour les compétiteurs du marché ivres de conquêtes, de nouvelles questions se posent. Le destin leur fait son coup de Jarnac. La réussite est plus que jamais invitée à rejoindre un point d’équilibre harmonisant les objectifs chiffrés avec la sérénité, la complicité, l’épanouissement au travail.
Dans notre entreprise, les collaborateurs ont en moyenne 16 ans d’ancienneté. C’est pour nous la plus grande des satisfactions, celle d’une équipe qui réussit d’année en année à renforcer sa cohésion, malgré les turbulences du monde.
Chez Metallover, le tout est vraiment supérieur à la somme des parties.

Daniel et Frédéric Hofmann
Directeurs associés

Dialogue entre un ébéniste du métal et un architecte esthète : la Dîme de Duillier

« Aucun rapport avec Jean Seberg. » Face à une édition originale tirée de sa bibliothèque, et répondant par la citation à l’évocation de la note testamentaire de Romain Gary, le propriétaire des lieux introduisait une rencontre marquée par la culture et la précision.
Paul Valéry soutint que les idées précises conduisent souvent à ne rien faire. Avec la restauration de la Dîme de Duillier, le maître d’ouvrage et son aréopage d’artisans ont prouvé le contraire, c’est le moins que l’on puisse dire. Et c’est bien la complicité passionnée entre deux hommes, Pierre Bouvier, architecte et propriétaire, et Frédéric Hofmann, associé de METALLOVER, qui allait offrir au bâtiment tricentenaire, son nouvel espace-temps intérieur.

Qu’est-ce que la grange des Dîmes ?
Réceptacles de l’impôt agricole en nature, deux dîmes ont existé à Duillier depuis le moyen-âge, pour stocker les récoltes dues au seigneur du château. Un seul bâtiment a surmonté l’épreuve du temps.
Avec 175 m2 au sol, ce dernier possède un vaste sous-sol voûté et s’élève sur quatre étages où était entreposée la collecte dîmière.
L’enveloppe a traversé les époques sans trop de dommages, bien que la toiture ait été modifiée au 18e siècle, puis partiellement supprimée sur les pignons, avec le rajout de l’annexe nord.

Tant qu’il y aura des artisans passionnés pour comprendre les architectes
Pierre Bouvier acquiert la dîme en 2012 pour lui rendre sa dignité originelle et métamorphoser son intérieur pour l’habitat. 8 ans après, ce qui frappe au terme des travaux, c’est l’absence de toute ostentation. Chaque détail exhalant le passé est conservé, alors que les mobiliers fonctionnels sont réalisés sur mesure par les ateliers METALLOVER et savamment installés dans les espaces. Les blocs sanitaires, en particulier, inaugurent d’étage en étage un nouveau centre de gravité, que l’architecte équilibre avec de nouveaux éléments structurels, cloisons, bibliothèques et habillages muraux. Frédéric Hofmann et son équipe en ont fabriqué et assemblé chaque composante. On touche au chef-d’œuvre avec l’escalier métallique en colimaçon, ajustable aux étirements d’une maison qui a vu s’égrainer plus de 300 années.

Pierre Bouvier dessine, Metallover réalise
Tout, dans ce travail de restauration, exprime la passion de l’idée et de la façon : il ne s’est jamais agi d’équiper, mais d’habiller, à la manière d’un tailleur de Saville Row. Portes coulissantes métalliques et en verre, balustrades, garde-corps, poignées de porte, cave à vin, mobilier, luminaires, rangements et bibliothèques, mezzanine, structures porteuses, supports et mécanismes, sont pensés, dessinés et réalisés dans un métal brut ou laiton, élégant et sensuel. Le mariage du bois ancestral, de la pierre de taille et d’une ébénisterie métallique contemporaine raffinée transfigure les 4 étages de cette maison unique. La cuisine, qui prend place dans l’annexe nord rurale en prolongement du bâtiment, est conçue dans le même esprit d’épure, calculée sur de mystérieux points de fuite extérieurs. Du sous-sol aux combles, ce n’est que ravissement devant le choix de la simplicité et du dépouillement, mais surtout du renoncement à impressionner.

Une vision architecturale inspirée, mise en forme par l’artisan
Dans ce projet hors du commun, le dialogue intimiste entre Frédéric Hofmann et Pierre Bouvier, a été l’une des clés du succès.
Chaque objet, chaque fonctionnalité a été abordé comme un nouveau champ créatif. Dans la bâtisse, ce sont les splendides profils MHB, les plus fins au monde, qui ornent désormais les embrasures ; les baies coulissantes minimalistes de la cuisine sont signées WEEEZE. Depuis 2017, c’est bien l’osmose entre deux hommes, l’un engageant son bien et sa créativité, l’autre sa compréhension du projet d’architecture, qui a permis d’engendrer tout un univers de créations originales empreintes de poésie, et d’habillages métalliques sensuels. Derrière eux, une équipe METALLOVER héritière des règles de l’art et maîtresse de la matière, a permis de donner vie et forme à chaque idée. Parmi elles, ce portail d’entrée pourtant esquissé sur un coin de table, qui anime des blocs sculpture d’une infinie douceur, évoquant Donald Judd ou Tony Smith.
Comment oublier le savant habillage d’inox sur les menuiseries en bois de la cuisine  ; mais aussi cet escalier qui traverse la maison sur 3 étages, et dont l’installation a nécessité la précision chirurgicale de la découpe laser.

Metallover, la qualité chevillée au corps
Les artisans genevois ont du talent : non seulement ils font preuve d’une étonnante réactivité organisationnelle pour conserver leur compétitivité face aux géants de l’aménagement, mais ils savent aussi maintenir leur savoir-faire d’orfèvre pour entretenir le patrimoine bâti de la Cité. METALLOVER, Daniel et Frédéric Hofmann, incarnent bien cet état d’esprit, qui affronte l’industrialisation et la guerre des prix sans renier le sur-mesure et le temps qu’il faut pour faire bien les choses. Atelier spécialisé dans les ouvrages métalliques, le verre structurel et la restauration du patrimoine, METALLOVER ajoute à la maîtrise technique une compréhension exemplaire des enjeux architecturaux contemporains. Partenaire exclusif MHB, l’entreprise propose les profilés minimalistes en acier les plus fins et rigides au monde. Du remplacement des 1052 fenêtres du Palais des Nations à la restauration d’un grand nombre d’objets patrimoniaux, mais aussi de collaborations pointues sur des projets d’avant-garde, METALLOVER a bâti sa réputation : celle d’un atelier où chaque réalisation, de la plus simple à la plus élaborée, a pour dénominateur commun, le plaisir, la rencontre, la tradition, l’avenir, le partage de la connaissance.

Du Crystal Palace de Londres à l’Apple Store de Macao, la sublime évolution du verre dans les objets d’architecture

Des artisans de Murano* aux constructions modernes tout en verre, la technologie du verre n’a jamais cessé d’évoluer, poussée par la confiance quasi ésotérique d’une grande partie de l’humanité, pour son potentiel d’applications. Grâce aux compétences d’ingénierie combinées aux techniques de mise en œuvre telles que le propose le fabricant Glastroesch, le verre est aujourd’hui l’un des matériaux les plus luxueux de l’architecture. Sa forme la plus récente, le verre feuilleté, lui ouvre un territoire créatif toujours plus large, qui annihile les frontières précédemment imposées par le cadre métallique.

Le verre feuilleté, miracle de la transparence et de l’espace
L’architecture moderniste est probablement à l’origine de la volonté d’un espace que l’on peut embrasser du regard, sans obstacle. Quel matériau peut mieux offrir cet horizon transparent, que le verre ? Les innovations des dix dernières années, l’utilisation de formats XXL et de modèles informatiques pour les calculs statiques, l’ont amené à son point de perfection avec le verre feuilleté (VSG). Il s’agit de structures composites, constituées de couches de plaques de verre laminées entre elles par des films (PVB), qui leur confèrent une résistance et une rigidité exceptionnelles. À titre d’exemple, le verre feuilleté de Glastroesch (SWISSLAMEX ULTRA STRONG) est un vitrage offrant la possibilité de surfaces lisses sans discontinuité. Dans cette technique d’assemblage, deux verres sont réunis par des pièces métalliques qui sont laminées entre ou contre les verres. La liaison est assurée par un film spécial, avec un résultat d’assemblage final extrêmement solide.

Escalier en verre, réalisation Metallover

La maîtrise de la statique et de la matière, pour libérer la créativité des architectes
Par leurs connaissances techniques particulières en matière de dimensionnement statique, de construction ainsi que de production et de montage complexes des constructions tout verre, Metallover et ses partenaires offrent à l’architecte des solutions complètes.
Il nous est possible de créer tout type de construction en verre sans cadre métallique, et les fixations qui interfèrent avec la conception peuvent être réduites au minimum en utilisant des assemblages laminés multicouches d’une résistance exceptionnelle. En étroite collaboration avec les architectes et le fabricant Glastroesch, nos ateliers assemblent ces objets uniques entièrement en verre, destinés au bâtiment, ou mobilier. La construction de cages d’ascenseur en verre, d’escaliers et de boîtes d’exposition transparentes fait partie de nos nombreuses années d’expérience.

L’Apple Store de Macao, vue de l’extérieur et de l’intérieur

Un peu d’histoire et tant de légendes
Le verre est l’un des plus anciens matériaux façonnés par l’homme ; tout d’abord sous la forme de perles, il y a de cela 5000 ans, puis de récipients opaques, mais déjà teintés au cobalt, en 1500 av. J.-C.
La découverte de la canne de verrier par des artisans syriens, 200 ans av. J.-C., donna le départ à la production semi-industrielle d’une grande variété de récipients creux aux parois fines et translucides.
Au premier siècle de notre ère, le développement des techniques d’étirage rendit possible la fabrication de plaques de verre allant jusqu’à 90 x 200 cm.
Les Romains rapportèrent ce savoir-faire de Syrie et fondèrent les premiers ateliers de verrerie, qui permirent d’équiper les fenêtres des villas bourgeoises contemporaines de César.
Lors de son édification en 540, la légendaire Hagía Sophía de Constantinople en fut dotée, un demi-siècle avant l’avènement des vitraux que l’on peut admirer dans nos cathédrales gothiques européennes.
Un très haut degré de qualité fut ensuite atteint en Italie, au 15e siècle, avec un verre vénitien stupéfiant de pureté et de transparence, obtenu grâce à une recette longtemps restée secrète.
La première serre en verre fut bâtie au 16e siècle, aux Pays-Bas, initiant le verre comme élément rigide au service de la structure. Dès lors, l’usage du verre dans la construction connut une solide expansion.
Le verre coulé, mis au point au 17e siècle en France, facilita la productivité de plaques de verre plus lisses, avec des surfaces allant jusqu’à 120 x 200 cm.

Le « Crystal Palace » de Londres en 1851

De l’objet à la vitre ; de la vitre à la statique du bâtiment
C’est au 19e siècle, en Angleterre, avec le développement des serres, que le verre prit largement sa fonction statique, comme élément de construction et de renforcement.
L’incroyable « Crystal Palace » pour l’exposition universelle de 1851, à Londres, en fut le plus spectaculaire chef-d’œuvre, avec des dimensions inédites et 300 000 panneaux de verre individuels (le bâtiment mesurait 600 m de longueur, 133 m de largeur, 36 m de hauteur).

Le 20e et le début du 21e siècle (depuis peu) ont eux aussi apporté leur lot d’innovations, avec des surfaces toujours plus grandes — allant jusqu’à 20 m — et des technologies d’avant-garde, telles que le verre feuilleté, inventé en 1903 par le français Édouard Bénédictus. Le verre feuilleté est probablement l’une des évolutions les plus marquantes de la technique du verre. C’est un produit multicouche qui provient de l’assemblage de feuilles de verre avec des intercalaires de films plastiques, généralement en Polybutyral vinylique (PVB) SentryGlas ou éthylène-acétate de vinyle (EVA). L’insertion des éléments d’assemblage métalliques laminés dans l’épaisseur du verre, permet de remplacer les fixations de type « araignée », avec pour bénéfice une continuité particulièrement esthétique, débarrassée de tout obstacle visuel.

Cache d’ascenseur, Genève

*Artisans de Murano
Venise, dont le commerce est la seule ressource, se voit en situation de monopole, quand, au 13e siècle, elle devient la fournisseuse de verre de l’Europe, par son héritage du savoir-faire acquis à Constantinople. Un premier décret du Grand Conseil de 1285 punit de confiscation l’exportation des matières premières de la verrerie, des recettes de fabrication et même du verre cassé. En 1291, sous prétexte des dangers d’incendie, le Conseil regroupe tous les verriers sur l’île de Murano, où il sera plus facile de les surveiller.

Réalisation Metallover